• Alice Jupile--Le Bras

Interview Mobilité : Lilian, Université de Warwick, Angleterre

Cette interview est disponible en format podcast !


NB : Il est parfois fait mention de « l’UPMC », il s’agit de l’ancien nom du campus Sciences et Ingénierie de Sorbonne Université. L’appellation « Jussieu » désigne ce même campus, elle est souvent employée par les étudiants. Le poste de Responsable des licences, auparavant occupé par M. Polo qui est mentionné par Lilian, est actuellement occupé par M.Broutin.


Lilian est actuellement en M1 Finance à l’EDHEC. Après sa L2 de Mathématiques à Sorbonne Université, il est parti en en Erasmus dans l’université de Warwick, en Angleterre.

De l’idée à l’échange, en passant par les démarches administratives


Martin : « Tout d’abord, où est-ce que tu as fait ton parcours à l’étranger ? En quelle année ? Via quel programme ? »


Lilian : « J’ai fait un programme d’échange à l’université de Warwick, en Angleterre, à Coventry près de Birmingham... »

Après une L2 majeure Mathématiques - mineure Informatique à Sorbonne Université, Lilian songe à partir à l’étranger. M. Polo*, alors directeur de la licence, lui propose d’en discuter : il lui donne une liste des pays concernés par les échanges Erasmus de Sorbonne Université et propose de lui donner des adresses mail d’étudiants qui sont partis en échange dans ces universités.


Lilian fait le comparatif des pays anglo-saxons qui proposent des Erasmus : il souhaite améliorer son niveau en anglais. Pour Warwick, les premiers arrivés sont les premiers servis ! Deux places sont ouvertes, il fait partie des deux premiers étudiants qui répondent aux critères à postuler : cette ponctualité lui permet d’obtenir son échange, sous réserve de validation de son année.


Une fois que Sorbonne Université a accepté sa candidature, il lui faut encore candidater à l’université de Warwick (il s’agit davantage d’une formalité que d’une réelle candidature) : cela comprend une lettre de motivation en anglais.

Étant étudiant étranger en France, d’origine et de nationalité camerounaise, des démarches supplémentaires sont nécessaires pour obtenir un visa. C’est un interlocuteur de Warwick qui l’aide par mail, en lui faisant parvenir les documents nécessaires, et même en vérifiant son dossier avant son rendez-vous à l’ambassade.

Le choix des UEs


Martin : « Comment tu as choisi quelles UEs tu allais faire là-bas ? Est-ce que tu as eu le choix ? Est-ce que tu as bien obtenu des équivalences ? Comment ça s’est passé ? »


Lilian : « Il faut aller chercher les matières qui vont correspondre aux maximum [aux matières que j’étais censé faire à Paris]. Ça se fait pas tout seul, ça se fait avec le directeur de la licence de mathématiques. Donc M. Polo* et moi, on a regardé les matières que Warwick proposait en mathématiques et en statistiques, et à partir de là on a décidé des matières que je choisirais pour partir. »

Le choix des UEs se fait avec l’aide du directeur de la licence Patrick Polo* : il s’agit de trouver les matières qui vont le plus correspondre au programme de L3 Mathématiques à Sorbonne Université. Lilian parvient à suivre des cours dans les départements de Mathématiques, Informatique et Statistiques. L’autre étudiante en échange avec lui est en L2 majeure Mathématiques - mineure Design, elle n’a pas la même chance et doit laisser sa mineure de côté au profit des mathématiques par manque d’équivalence.

Durée du séjour


Martin : « Tu as fait toute une année ou uniquement un semestre ? »

Lilian : « J’ai fait une année, je suis parti en septembre, j’ai fini mon échange en juin et je suis rentré en juillet. »


En effet, à Warwick, la majorité des examens se tient à la fin de l’année. Il n’est donc pas possible de faire un échange de moins d’un an (pour la filière Mathématiques, d’autres modalités s’appliquent aux sciences humaines).



Logement


Martin : « Est-ce que à Warwick le campus offre des logements fournis par la fac ? Des systèmes un peu similaires au Crous garantissent un logement ? »


Lilian : «C’est la fac qui a tout fait pour moi. Honnêtement il n’y avait vraiment rien à faire, il fallait juste cliquer sur un bouton « je veux un logement dans telle ville » et remplir un questionnaire de personnalité parce qu’on était en colocation et donc dire moi je suis plutôt une personne qui est calme et qui veut travailler, moi je suis plutôt une personne qui veut des personnes sociables avec lesquelles on peut faire la fête. »


L’université garantit un logement sur le campus aux étudiants qui commencent la première année du bachelor et les étudiants qui arrivent pour un échange d’un semestre. Il suffit de donner sa fourchette de prix et de remplir un questionnaire de personnalité pour la colocation, la faculté envoie ensuite un contrat.

Bourses


Martin : « Est-ce que tu as reçu des bourses, des aides économiques ? »

Lilian : « Il y a une bourse Erasmus accessible à tout étudiant qui part en Erasmus, elle est fixée en fonction du pays où tu vas. La bourse est entre 130 et 200 euros par mois, pour l’Angleterre c’était 180 par mois d’échange. »


Lilian reçoit la bourse Erasmus pour l’Angleterre à hauteurde180 euros par mois, mais le paiement n’est pas mensuel mais biannuel. Pour obtenir les premiers 70 %, il faut faire signer un document à Warwick et le renvoyer à Sorbonne Université. La bourse n’arrive qu’un ou deux mois après l’arrivée sur place. Il faut donc prévoir un budget pour l’arrivée, sans compter sur la bourse. Si les logements gérés par l’université proposent un paiement en trois fois dans l’année (le premier en janvier),les logements chez les particuliers n’offrent pas ce luxe : il faut payer dès la première semaine (en Angleterre, le loyer et le salaire des jobs étudiants se font généralement à la semaine). Les 30 % restants ne sont versés qu’au retour en France, il faut faire signer un document à Warwick puis à Sorbonne Université lors de l’arrivée.

Déroulement des cours


Martin : « Est-ce que l’organisation de tes matières était similaire à celle de la France ? Par exemple, est-ce que tu avais aussi un système cours magistral et TD ? »

Lilian : « En Angleterre c’est pas le même système que la France parce que c’est des cours qui durent moins longtemps. [...] Pour toutes mes matières j’avais un cours magistral en amphithéâtre par semaine de 45 minutes. »

Martin « Un unique cours ? »

Lilian : « Un unique cours, 45 minutes à chaque fois. Et il n’y avait pas de Travaux Dirigés comme en France. »


Il n’y a qu’un cours en amphithéâtre (« a lecture ») de 45 minutes par semaine pour chaque UE.


Le rythme pendant le cours est soutenu. De nombreuses lectures d’articles en ligne ou de chapitres de livres sont conseillées pour chaque séance. Le poly quant à lui n’est distribué qu’à la fin de l’année, s’il existe.


Ce fonctionnement se rapproche d’une démarche de recherche puisqu’il permet beaucoup plus d’autonomie qu’avec le format des TDs à Sorbonne Université, et donne une certaine culture mathématique sur le champ de la recherche.


Les cours en amphithéâtres ne sont pas obligatoires, et sont disponibles en très bonne qualité sur une plateforme dédiée dans l’heure suivante. La dimension sociale de retrouver des amis pour aller manger ou travailler fait qu’ils sont néanmoins remplis.


Lilian a 6 matières obligatoires, donc 4.5 heures de cours obligatoires par semaine.


Les enseignant des « lectures » proposent des « offices hours » : ils sont à disposition à leur bureau quelques heures par semaine pour répondre aux questions des étudiants. Deux enseignants, dont un permanent à Warwick, sont médaillés Fields : cela semble exceptionnel de pouvoir suivre leurs enseignements et leur poser des questions.

Système de cours optionnels


Martin : « Est-ce qu’il y avait beaucoup de matières optionnelles ? »


Lilian : « Par année, il y a un nombre de crédits à ne pas dépasser et un nombre de crédits minimum à avoir pour valider son année. […] A Warwick, tu peux choisir jusqu’à 45 crédits de matières à faire. Donc s’il y a des choses que tu veux voir un peu tu peux les choisir, mais au final ta moyenne ce sera sur 30 crédits. » Pour 30 ECTS nécessaires à la validation d’un semestre, Warwick propose d’en prendre jusqu’à 45. Le socle commun obligatoire est de 15 ou 20 crédits. Il est ensuite possible de prendre, en plus des 10 à 15 crédits restants, 10 crédits supplémentaires : c’est la moyenne des 20 ECTS de base et des 10 meilleurs ECTS qui fait foi.

Lilian suit un cours d’anglais avancé ouvert aux Erasmus 2h par semaine, ce qui lui permet de rencontrer d’autres étudiants en échanges.

Validation des cours


Martin : « Le mode d’évaluation est plus concentré sur une période, plutôt qu’ici en France où il y a la culture « on fait un partiel à moitié, on fait plusieurs continus pendant le semestre » qui laisse beaucoup la possibilité de se rattraper à de nombreuses reprises. […] Là-bas, tout se mise sur un exam ? »


Lilian : « C’est ça, là-bas c’est vraiment un exam à la fin. Warwick a la réputation d’être très solide en mathématiques, donc l’exam ils font pas forcément de cadeaux, et on a pas l’occasion de se rattraper comme on aurait en France avec le TD, le partiel, l’examen, et même le rattrapage. »

Pendant l’année, il s’agit surtout de ne pas se perdre. Il faut prendre le réflexe de lire les livres et articles conseillés, faire des exercices de temps en temps… A partir d’avril/mai, la bibliothèque de six étages ouverte 24/24 se remplit. Une unique session d’examens est organisée en juin, il n’y a pas de rattrapage. Il existe néanmoins un système de compensation entre les UEs.

Vie associative


Martin : « Est-ce que la vie dans le campus était très active ou pas ? »

Lilian : « A Warwick, déjà la première semaine de cours, il y a ce qu’on appelle une Welcome Week. Toutes les associations sont là, tous les clubs de sport sont là. […] Il y avait des clubs en tout ce que tu peux imaginer, j’ai vu des clubs d’échecs, de voile, de saut en parachute... »

Le volume horaire des cours permet de laisser une grande place à la vie associative. Dès l’arrivée, la Welcome Week permet à toutes les associations du campus de se présenter. L’association d’échecs compte une centaine de personnes, celle de magie une vingtaine. Beaucoup d’équipes sportives sont également présentes.


Lilian passe deux heures par semaine à parler des marchés financiers dans une association de finances, ce qui le poussera à s’intéresser de plus près aux écoles de commerce. Il fait aussi de la course à pied avec l’association de trail.

Vie sociale


Martin : « Souvent les personnes qui vont faire un Erasmus, c’est une expérience très enrichissante aussi parce qu’il y a énormément de personnes d’origines très variées qui sont dans la même situation que toi, du coup ça soude énormément des amitiés. »

Lilian : « Exactement. Après mon échange j’ai un peu visité l’Europe pour revoir mes amis. Par exemple je suis allé 6 fois en Hongrie parce que le coloc avec qui je vivais est hongrois... »


Lilian est dans une colocation à six personnes, qui regroupe quatre nationalités différentes. Il côtoie régulièrement d’autres étudiants en Erasmus.

Après son échange, il parcourt l’Europe pour rendre visite aux amis qu’il s’est fait : Hongrie, Italie, Allemagne... Il reçoit également de nombreux amis à Paris.

Retour à Sorbonne Université


Martin : « Après tu as intégré un directement un M1 à la Sorbonne ? »

Lilian : « Non, après j’ai dû refaire ma L3, ce qui arrive parfois pour les échanges. […] Ça dépend de comment tu vas faire ton échange. Si tu as validé toutes tes matières là-bas, si les matières que tu as pu faire ont été validées par la fac [Sorbonne Université] aussi, parce que certains font des matières qui ne sont pas forcément validées après, et donc en fonction du nombre de crédits que tu vas avoir à la fin tu sauras si tu valides ou pas. »

À son retour, il prend une année pour repasser trois UE(une sorte de seconde L3). Il s’agit de valider une UE pour laquelle il n’a pas pu assister à l’examen final, et de remonter sa moyenne dans deux autres. Cette année est aussi l’occasion pour lui de réfléchir à son futur et d’organiser la suite de ses études.

Valorisation de l’échange dans la suite des études et la vie professionnelle


Lilian : « Dans la continuité, Warwick m’a aidé avec mon école de commerce. Je vais faire une alternance dans une banque d’investissement, la personne qui m’a recrutée a travaillé en Angleterre et a croisé pas mal d’étudiants de Warwick, et voir Warwick sur le CV il a fait « ah ouais, j’imagine que c’était très bien, en plus tu as fait mathématiques à Warwick » ».


Martin : « C’était vraiment le petit trigger qui a fait que tu attires l’attention. »


Lilian décide de postuler dans deux grandes écoles de commerce. Il est admis dans les deux, et choisit l’EDHEC, connue sur le plan de la finance.

Son expérience à Warwick lui permet de décrocher un contrat en alternance : c’est à la fois un gage de maîtrise de l’anglais et un grand nom d’université pour la finance.

Les conseils de Lilian


Lilian : « En général c’est premiers arrivés, premiers servis. Dans mon cas c’était deux places avec Warwick, et les deux premiers qui vont demander et vont répondre aux critères vont être pris, les autres n’auront pas la possibilité de partir avec cet échange. Très tôt il faut aller s’informer, moi c’était en début d’année que je suis allé voir pour l’année d’après. »

Martin : « C’est pas quelque chose qu’on peut laisser traîner ? »

Lilian : « Voilà, il faut pas attendre et se dire « en juin, juillet je vais aller voir pour partir en septembre »... »


Il ne faut pas attendre le dernier moment pour organiser son échange, et encore moins y candidater ! Certaines destinations fonctionnent au premier arrivé, il faut donc s’y prendre le plus tôt possible l’année précédant l’échange.

Il est préférable de faire son échange en fin de cycle (en L3 plutôt qu’en L2) pour rater le moins de choses possibles. A Sorbonne Université, la deuxième année et la troisième année sont très liées, alors que le master est plus indépendant puisqu’il accueille des étudiants de différents horizons.


Il est bon de privilégier les universités dans les villes secondaires : elles sont en général situées de manière à ce que la plupart des étudiants puissent habiter près, ou à l’intérieur même des murs. Les locaux ont tendance à être plus grands et à pouvoir accueillir de meilleurs équipements, tout en laissent plus de place à l’associatif et au social.

Interviewé : Lilian Sokoundjou, Interviewer : Martin Azon, Montage et rédaction : Alice Jupile--Le Bras

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